UNIVERSITÉ DES SCIENCES HUMAINES DE STRASBOURG
U.F.R. des ARTS (Histoire, Théorie et Pratique des arts)
Pierre LITZLER
LA POÉSIE DES RAPPORTS DANS LA CONCEPTION
DE L'ARCHITECTURE ET DU PAYSAGE CHEZ LE CORBUSIER
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Étude du Palais du Gouverneur et des trois signes du Capitole à Chandigarh
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THÈSE DE DOCTORAT SOUS LA DIRECTION DE MONSIEUR DANIEL PAYOT
Soutenue le Mercredi 25 Juin 1997 à L' USHS
Mention: Très Honorable
Membres du Jury:
Mr. Jean-Louis FLECNIAKOSKA, Université des Sciences Humaines de Strasbourg
Mr. Daniel PAYOT, Université des Sciences Humaines deStrasbourg
Mr. Yannis TSIOMIS, École d'Architecture de Paris - La Villette
Mme Chris YOUNÈS, École d'Architecture de Clermont-Ferrand
1. RÉSUMÉ DE THÈSE
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LA POÉSIE DES RAPPORTS DANS LA CONCEPTION
DE L'ARCHITECTURE ET DU PAYSAGE CHEZ LE CORBUSIER.
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Étude du Palais du Gouverneur et des trois signes architecturaux
(Main Ouverte, Tour d'Ombres, Monument au Martyr) du Capitole à Chandigarh.
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Cette recherche interroge certains fondements théoriques et pratiques de l'architecture; elle privilégie une approche "philosophique" qui définirait cet art comme pensée de l'espace. Cette réflexion tente de saisir ce qui serait à même de fonder une "écriture architecturale" permettant de construire l'intelligible à partir du sensible et de générer un mouvement de la pensée dans l'édification.
La thèse questionne l'oeuvre de Le Corbusier, pour qui l'architecture se présente "comme un système de penser, permettant d'énoncer une pensée"; elle met en valeur un concept essentiel dans sa théorie: le Rapport.
Ce concept apparaît comme le fondement même de sa pensée architecturale, comme une notion normative essentielle permettant dans cet art de conduire l'invention. L'oeuvre se constitue par les liens que l'esprit mesure entre les éléments et les parties; ces relations qui créent l'unité font apparaître le rapport comme le véritable enjeu de la création. Les déterminants du projet - la qualification intensive et extensive des éléments, la disposition des parties constitutives (aire, partition, structure, mur, percement, toit) - sont autant de rapports à créer qui fondent la pensée architecturale.
Cette mise en jeu des rapports est une manifestation fondamentale de la connaissance et de l'appréhension du fait architectural: le rapport crée l'émotion, engage le mouvement de la pensée et le raisonnement.
Cette puissance des rapports ne mettrait-elle pas en oeuvre la poiesis, "l'action de faire" dans l'architecture?
Le rapport étant ce qui permet de déployer des qualités sensibles à partir de matériaux bruts, ne ferait-il pas advenir l'être poétique dans cet art?
Le langage architectural ainsi fondé possède cette capacité d'énoncer une pensée et d'élever l'art de l'architecture vers des sommets d'éloquence. L'étude du Palais du Gouverneur et des trois signes du Capitole nous instruit sur la mise en oeuvre de cette poésie des rapports dans la conception.
Considérant l'architecture comme pensée de l'espace, cette recherche sur la poésie des rapports, dont la finalité est de réfléchir sur certains fondements théoriques et pratiques de l'architecture, tente d'interroger les déterminants essentiels qui permettent la création et l'expression architecturales.
Dans un tel contexte, l'énoncé de la pensée, son inscription et sa lisibilité à travers l'édification instruite par les considérations de "l'habiter et du bâtir" permettant de produire l'oeuvre, nous semblent compter parmi les enjeux essentiels de la conception. De ce fait, il est important de saisir ce qui est susceptible de fonder et de déterminer cette "écriture architecturale" qui génère le mouvement de la pensée, qui se réalise à travers la résolution du fait architectural et est lisible à travers celui-ci.
Si notre questionnement se rapporte plus précisément à l'oeuvre de Le Corbusier, c'est que ce dernier, plus que tout autre, détermine précisément l'architecture comme un "langage" à même d'exprimer une pensée; dans cette expression, les rapports - "qui sont le langage de l'architecture"- constituent les moyens fondamentaux de l'énonciation susceptible de produire la création.
Dans une architecture à même de refléter une pensée, le rapport - défini comme "ce que sont les unes pour les autres les choses que l'on rapproche par la pensée"-, se constitue donc comme une notion essentielle, fondatrice du langage architectural. Le rapport est la modalité permettant de constituer les liens, les relations entre les notions, les objets, les éléments architecturaux; il se présente de ce fait comme la manière de penser et de créer l'architecture. Ces relations que l'esprit peut ainsi distinguer permettent d'établir un rapport, un ordre, une liaison intelligible qui s'inscrit à partir de faits sensibles et qui rend présente l'expression d'une pensée.
Cette "matière intelligible" qu'imprime le rapport dans un "fait architectural sensible" engage le raisonnement et induit la faculté de raisonner. Il se désigne ainsi comme la raison de l'énonciation, puisqu'il permet de mettre la pensée en mouvement et d'ordonner le mouvement de cette pensée.
Par cette capacité de rapporter, de faire connaître et de faire apparaître un fait architectural intentionnel qui crée l'expression d'une pensée, le rapport prend corps dans l'immanence de l'oeuvre, par une "écriture". Cette dernière permet à l'auteur de concevoir et d'inscrire une idée architecturale qui soit discernable, lisible à travers la perception de l'espace et du temps ainsi constituée dans l'édification. L'écriture des rapports détermine la pensée ainsi mise en oeuvre dans l'espace pour en faire une oeuvre de la pensée, une pensée alors menée à son terme: celui de son expression complète et adéquate.
Cette inscription permet donc d'exprimer une pensée dans le projet, elle fait apparaître dans l'édifice la pensée mise en oeuvre par ces rapports, étant donné que ce sont eux qui ordonnent et coordonnent les perceptions, et de ce fait induisent les sensations. Ainsi la perception des rapports inscrits crée des émotions, des motions spatiales qui induisent une animation de l'esprit et conditionnent le mouvement de la pensée. Le rapport mis en oeuvre dans l'architecture est le déterminant essentiel de l'émotion qui engage le mouvement de la pensée et le raisonnement. Aussi la conscience des rapports est-elle une manifestation fondamentale de la connaissance et de l'appréhension du fait architectural.
En étant la condition même du penser, le rapport "habite" l'architecture et fait du bâtir l'expression d'une pensée édifiée qui fait "être" une architecture. L'architecture apparaît, au-delà d'une pensée dans l'espace, comme une pensée des rapports dans l'espace.
Étant donné qu'il fait "être" l'architecture, le rapport est pour Le Corbusier le fondement même de ce qui pourrait constituer une "philosophie architecturale implicite", puisque le rapport détermine selon lui la raison d'être des choses. De ce fait, le rapport induit cet esprit de système et apparaît comme une notion normative essentielle, qui d'une part implique et détermine les aspects fondamentaux de son architecture et d'autre part constitue la règle d'action pour l'ensemble de la conception; c'est pourquoi cette notion est présentée par l'architecte comme ce qui constitue proprement l'invention, la création architecturale.
Aussi les éléments et les parties de l'architecture ont-ils tous les uns avec les autres un rapport et un enchaînement tels, qu'ils ne prennent sens qu'à travers leurs relations dans une totalité. De fait, la détermination intensive et extensive des éléments (mesures, distances, étendue), la combinaison de l'ensemble des paramètres (forme, matière, couleur ...), la disposition des parties constitutives (aire, partition, structure, mur, percement, toit ...), la cohérence et l'unité des parties et de la totalité, sont autant de rapports qui constituent la pensée de l'architecture et sont des déterminants du projet, élaborés, résolus dans la relation entre deux logiques, Horizontale (Plan) et Verticale (coupe, élévation), qui entretiennent entre elles un rapport fondateur.
Le rapport est une modalité essentielle de la pensée, il permet de déterminer les objets matériels constitutifs de l'architecture et leur liens, mais il élabore également les relations entre les objets de pensée qui constituent l'architecture, ces notions essentielles que l'architecte met en oeuvre pour sa conception de l'architecture.
De ce fait, les rapports, par leur puissance, mettent en oeuvre la poiesis, "l'action de faire", dans l'architecture. Le rapport, en tant qu'il permet de déployer des qualités sensibles et une intelligibilité à partir de matériaux bruts, de relier ainsi l'homme à la pensée et de créer simultanément une relation au monde par les matières de l'édification, fait advenir "l'être poétique" de l'architecture. Et en ce sens, cette poésie des rapports est le fondement même de la poétique permettant à l'architecture de réaliser dans son oeuvre le "bâtir, habiter, penser".
Ainsi le langage architectural fondé par le rapport ordonne et met en oeuvre une pensée dont les modalités, du point de vue du langage architectural mis en oeuvre, ne se limite pas à la seule énonciation et est susceptible d'engager dans l'oeuvre une pensée "rhétorique" et "poétique". Le rapport a cette capacité de faire advenir les "arts" d'un langage et d'engager diverses formes de la pensée architecturale.
Si pour Le Corbusier le langage de l'architecture se détermine à partir du système plastique qui fonde le rapport comme déterminant essentiel permettant d'écrire une pensée architecturale à partir d'un vocabulaire et d'une syntaxe plastique, l'analyse de quelques projets a permis de préciser les fondements du rapport dans la conception corbuséenne de l'architecture comme langage.
Les trois signes, la Main Ouverte, la Tour d'Ombres et le Monument au Martyr, édifiés sur le Capitole, sont porteurs d'une éloquence particulière, puisque en tant que signes paradigmatiques ils ont une seule fonction, qui est de re-présenter expressément les aspects essentiels de la pensée architecturale de Le Corbusier.
Les signes ainsi édifiés manifestent donc un mouvement volontaire, intentionnel, permettant d'affirmer des postulats architecturaux, chaque signe développe une proposition particulière, un énoncé sur l'architecture à travers la constitution de leur dispositif formel.
Ces "prototypes" du "laboratoire des idées" corbuséennes permettent de montrer la mise en jeu des déterminants fondamentaux de l'architecture que sont la lumière, l'espacement, le parcours
La mise en jeu des règles et des logiques architecturales dans ces objets est non seulement de même nature que dans toute conception architecturale, mais relève plus particulièrement d'une mise en oeuvre exemplaire. Ces paradigmes, c'est ce que l'architecte nous montre, et il nous les donne comme exemples, nous montrant ainsi, en le démontrant, ce à quoi il se réfère pour créer l'architecture. Il "exemplifie" ainsi une règle qui y est inscrite et qui va servir de modèle pour l'élaboration de l'ensemble de son architecture.
Chaque signe paradigmatique met en oeuvre l'inscription de déterminants et la manière dont ils peuvent et doivent être mis en jeu à travers la constitution de l'architecture.
Ainsi, à la lecture de ces trois architectures manifestes, la règle qui apparaît dans l'immanence du dispositif est celle d'une pensée énoncée par des rapports. Cette inscription des rapports détermine des liens que l'esprit va constater à la lecture des éléments qui constituent l'écriture de l'architecture.
Cette logique des rapports et leurs modalités vont apparaître dans le contexte d'une rhétorique architecturale particulière, mise en oeuvre dans ces trois édifices remarquables..
Par l'écriture des rapports chaque signe manifeste et expose de manière singulière:
- une expression sur la lumière pour la Tour d'Ombres
- une expression sur l'espacement, sur l'harmonie des mesures pour la Main Ouverte,
- une expression sur le parcours pour le Monument au Martyr.
Ainsi, l'écriture des rapports à travers ces signes permet d'énoncer une pensée rhétorique architecturale particulière sur des aspects essentiels de la conception; en exposant les déterminants essentiels de sa pensée du projet et de sa conception de l'architecture, Le Corbusier nous montre et nous démontre l'art de bien architecturer.
L'étude du Palais du Gouverneur présente la mise en oeuvre particulière "d'une poésie des rapports" dans l'édification d'une architecture. Le rapport, notion immanente et traversante dans le processus du projet, apparaît à travers cette analyse comme le fondement et la règle qui permettent au jeu architectural d'être joué et de se déployer à travers une poétique créatrice.
Cette poésie des rapports chez Le Corbusier met en jeu et articule par ce concept- Rapport trois déterminations dans la conception et de la mise en oeuvre du projet.
Les notions: relèvent des idées impliquant les caractères essentiels de l'architecture. Les notions fondent la connaissance architecturale et mettent en jeu les déterminations substantielles qui conduisent la pensée du projet. Ces idées premières, principales, qui se forment dans l'esprit de l'architecte, désignent les concepts exprimant les propriétés communes qui font être l'architecture: le lieu, la technique et l'habiter. Ces notions précises permettent à l'architecte d'ordonner les idées et les faits, comme des concepts a priori de l'entendement que l'esprit élabore peu à peu pour construire la pensée architecturale.
Ces divisions de "l'être" architectural correspondent aux idées particulières qui engagent la conception, aux déterminants essentiels que l'architecte à dans son esprit et auxquels il recourt habituellement pour investir et mener à bien cet acte de pensée qu'est le projet, pour ordonner et coordonner les principes qui déterminent la conception de l'oeuvre.
Les notions engagent, conduisent et instruisent la pensée du projet; leurs rapports constituent ainsi les relations essentielles dans le "dévoilement", dans la "production" d'une oeuvre architecturale.
Les Objets: se présentent à la connaissance intellectuelle aussi bien que sensible. Ainsi l'objet est-il considéré comme tout ce qui se présente à l'esprit et ce dont il s'occupe, ce sur quoi il porte une action. Les objets de l'architecture, qui se présentent par leur "matérialité", constituent la matière de la poésie dans cet art, ce sur quoi l'architecte va porter son action pour faire oeuvre de l'esprit. Ces entités architecturales ayant des réalités matérielles sur lesquelles s'exerce la pensée sont les éléments et les entités constitutives de l'architecture (Aire, structure, mur, percement, partition, toit..).
Ces objets élaborés ont une logique propre et une réalité matérielle qui se présentent à l'idée. Leurs rapports réalisent, matérialisent l'espace et le rendent intelligible; ils induisent la production d'une architecture singulière qui est l'expression même d'une intention, d'une idée qui prend forme tout au long de l'écriture du projet et de l'élaboration de ses constituants. Ces déterminants du projet supposent une qualification intensive et extensive, qui sont autant de rapports à créer permettant de construire l'intelligible à partir du sensible et de constituer l'être poétique dans cet art. Ainsi la mise en oeuvre des rapports est la source même de la création, de l'expression de l'émotion poétique.
Les instances: induisent une "manière de poser dans", d'imposer afin de faire advenir de manière intentionnelle et déterminée l'architecture par des rapports entre l'espace, le temps, le mouvement, le corps, le regard, etc. Ces instances actualisent l'énoncé d'une pensée, puisque l'instance engage et détermine par cette imposition une manière d'induire et de faire saisir le phénomène architectural.
L'instance détermine les données immédiates de la sensation architecturale et conditionne la "présence" de l'architecture qui nous est donnée à percevoir.
Dans l'élaboration du dispositif architectural, le regard, à travers son instance, effectue l'actualisation des rapports entre les éléments et les parties constitutives de l'architecture. C'est la position et la capacité de l'oeil qui mettent le rapport en "perspective". L'oeil apparaît comme le centre du dispositif de perception et d'interprétation des rapports. Aussi l'instance du regard est-elle cet opérateur qui permet le passage du système des relations entre les éléments architecturaux à l'expression architecturale de la pensée. Ainsi les différentes manières de solliciter, de mettre l'esprit en mouvement, de créer des motions et des émotions que l'architecture constitue par les rapports et les différents moyens de les percevoir, sont des moyens que l'architecte met en oeuvre dans son projet, lorsqu'il construit les instances du regard dans l'édification même de son architecture.
Cette réflexion sur la poésie des rapports dans la conception de l'architecture et du paysage chez Le Corbusier, rapportée en particulier à l'étude du projet du Palais du Gouverneur et des trois signes construits à Chandigarh, articule ce qui est en jeu dans la pensée de l'architecte, ce qui est mis en jeu dans la conception et qui joue dans son architecture. Ces considérations interrogent avant tout le rapport et le déterminent comme la modalité même de cette pensée essentielle en architecture, ce qui nous engage sur une réflexion sur le faire de cet art et ce qui conduit à sa création. La "posture" poïétique ainsi adoptée parvient à nous donner à la fois la visée de cette "philosophie" architecturale corbuséenne qui "forme des concepts" et la vision de tout ce qui est susceptible de faire exister une pensée et de déterminer ainsi son existence même, tout ce qui oeuvre et fait "l'oeuvre" dans son architecture.
La pensée inscrite que nous livre le "texte architectural" se tisse, s'élabore et se réalise par l'écriture des rapports. Par cette re-présentation d'une pensée au moyen des rapports, cet art du langage architectural fonde une poétique à travers l'édification de l'architecture. Ces rapports, par l'ordre qu'ils imposent à l'esprit, font raisonner et dessinent la pensée dont l'auteur avait le dessein. Par cette transmission, un mouvement de la pensée se crée, une création qui nous porte et nous transporte. Cette poétique architecturale nous anime et vient à habiter notre pensée par la création même de notre "habitation".
L'architecture imprime et fait être la poésie des rapports par la mesure, qui est le moyen même de comparaison et d'appréciation, ce que M. Heidegger nomme dans, Essais et conférence, "la divinité avec laquelle l'homme se mesure". Cette "divinité" qu'est la mesure, qui inscrit l'homme dans un milieu et dans un devenir, est l'acte poétique par excellence, parce que c'est une manière pour l'homme de se présenter les choses, de se re-présenter dans les choses et de les faire exister, de les créer.
Par la mesure et les rapports inscrits ainsi exprimés, l'architecture fait être, fait exister l'oeuvre et fait habiter l'homme parmi les choses. La mesure, par ses rapports, donne la mesure d'une relation qui nous fait être et nous accorde au monde.
Ces rapports aménagent, ils "ménagent" une relation déterminée de l'homme à l'espace et au lieu. Aussi cette poésie des rapports, qui est l'art et la manière de faire par les rapports et de créer ainsi une manière d'être, manifeste-t-elle une architecture où se révèle la poésie de la nature, une force par laquelle toute chose exprimée dans l'oeuvre par les rapports ordonne son être et s'annonce en s'exprimant "grosse" d'un monde. Par les rapports, l'architecture ne prend pas seulement place dans un lieu, mais "écrit" un lieu, par l'inscription d'un lien qui par cette relation produit, crée ou donne naissance à un lieu par l'effet de son architecture.
C'est cette liaison, ce rapport qui engage la poésie. Cette capacité poétique que possède l'objet architectural grâce aux rapports, provoque en nous une réaction affective et intellectuelle, conduit la conception et "produit" la création de l'oeuvre.
Cette pensée architecturale que les rapports mettent en oeuvre nous rapporte une présence dans laquelle nous nous tenons. La re-présentation des rapports nous intègre dans cette relation qui se rapporte à nous. Aussi l'oeuvre nous parvient-elle par ces rapports, et l'on est saisi d'un saisissement indicible, par la présence d'une pensée sans cesse re-présentée par cette relation dynamique qui surgit de la statique même de l'édifice. Ce mouvement de l'oeuvre nous émeut et mouvemente notre esprit, par cette sorte de motion qui produit l'affection et l'intellection poétique, c'est-à-dire la motion créatrice.
Le rapport crée une oeuvre architecturale ouverte, à laquelle il est à même de donner un mouvement sans cesse changeant. Le rapport instruit et résonne de toutes parts, il fait ainsi sans cesse raisonner. Ce raisonnement se prolonge dans le temps de l'architecture et produit un mouvement de l'esprit, une pensée spécifique à chaque interprétant. La pensée ainsi mouvementée devient une pensée constamment en mouvement, en re-création. L'homme habite en poète parce qu'il est à même de créer, de recréer, par sa vision, par ses mouvements, par ses sens et son corps, de produire et de dévoiler un être architectural, une présence qui se présente selon une relation induite. Les rapports instaurent l'oeuvre et leur écriture singulière constitue l'oeuvre, parce qu'ils mettent en ordre une intelligibilité, une raison, une relation intelligible qui mouvemente sans cesse la pensée, parce qu'en substance les rapports s'éprouvent dans le temps de l'architecture, selon une évolution créatrice. Ainsi s'élabore ce miracle de l'architecture corbuséenne, que fonde cette poétique des rapports entres les notions, les objets et leur assemblage, créant ces instances du regard et du mouvement, et une manière de poser et d'imposer la vue et le mouvement. Car il s'agit finalement d'instaurer par l'architecture ainsi créée un bâtir, un habiter, un penser, grâce à cette poésie des rapports, puissance fondamentale qui fait être l'habitation de l'homme.
Résumé Anglais
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POETRY OF RELATIONSHIPS IN THE CONCEPTION OF ARCHITECTURE AND LANDSCAPE IN LE CORBUSIER'S WORK
An examination of the plans for the Governor's Palace and three architectural traits (Open Hand, Tower of Shadows and the Martyrs' Monument) of the Capitole in Chandigarh.
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------This study looks into some of the theoretical and practical fundamentals of architecture, favouring a "philosophical" approach which aims to define the art as thoughts on space. This reflection attempts to grasp what could be the foundation of "architectural writing", enabling thought processes to be built up from sensibilities and a school of thought to be created in terms of construction.
The thesis questions the work of Le Corbusier, for whom architecture appears as "a system of thought, giving the means to express thought". It puts forward an essential concept in his theory: the Relationship. This concept appears to be the founding stone of his architectural thought, like an essential normative notion enabling invention to be forged within the art. An architectural work is made up of the links the mind can ascertain between the elements and parts. These relations, which create unity, give form to the relationship as one of the real factors underlying creation. The determining features of the project - the intensive and extensive qualification of the elements, the lay-out of the component parts (open space, partitions, structure, wall, gaps, roof) - are all relationships which are to be created and which give foundation to architectural thought.
This play on relationships is a fundamental demonstration of the knowledge and understanding of architectural reality: the relationship creates emotion and instigates tought processes and reasoning.
Does not the power behind these relationships bring poiesis into play - the "action of doing" in architecture? Since the relationship is the element which enables sensitive qualities to be displayed through rough materials, is it not also the vector for admitting the poetic being into this art form?
Architectural language, thus defined, can express a thought and elevate the art of architecture to the summits of eloquence. By examining the Governor's Palace and the architectural traits of the Capitole, we can learn how this poetry of relationships is applied in terms of the conception.
2. SOMMAIRE
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AVANT-PROPOS 3
INTRODUCTION 7
Le masque de l'architecture 8
La voix de l'oeuvre 10
La traversée du miroir 11
Le plan libre et l'expression architecturale 13
L'écriture architecturale et l'énoncé de la pensée 16
Rapports et fondements de l'architecture 17
Bâtir, Habiter, Penser 22
I. RAPPORT ET ÉNONCÉ DE LA PENSÉE
A. RAPPORT, LANGAGE, ET ÉNONCIATION DANS L'ARCHITECTURE 25
1. RAPPORT LANGAGE ET PENSÉE 26
Langage et pensée 26
Rapport et langage dans les écrits de Le Corbusier 27
Le rapport et l'énoncé d'une pensée architecturale 29
"L'écriture" des rapports et "l'être" architecture 32
Le langage, paradigme de l'architecture 34
2. RAPPORT, LANGAGE ET SYSTÈME 37
L'architecture comme système - le système de l'architecture 37
L'architecture pensée comme système 38
L'architecture comme système de penser 40
L'architecture crée des systèmes 41
3. RAPPORT, LANGAGE ET ÉNONCIATION 44
De la perception sensible à la pensée intelligible 44
Vocabulaire et syntaxe des rapports 45
B. FONDEMENT DES RAPPORTS DANS LE PHÉNOMÈNE PLASTIQUE 48
1. RAPPORTS ET FONDEMENTS PLASTIQUES DE L'ARCHITECTURE 49
Le système plastique 49
L'oeil voit, le cerveau enregistre, le coeur palpite 50
Logique première du système plastique 51
Origine mécanique de la sensation plastique 52
Pensée et machination de l'oeuvre 54
Fondements de la logique puriste 55
Les constantes de la sensation 57
Les lois axiales de l'oeuvre 59
Les percepts du langage plastique: les standards 60
Le rapport fondateur: l'angle droit 64
L'esprit de géométrie 70
2. RAPPORTS ET DÉTERMINANTS ARCHITECTURAUX 77
Le commencement de l'architecture 77
Les éléments constituants: la droite et la courbe 78
Les formes primaires: carré, triangle, cercle 79
Clavier des formes et des couleurs élémentaires 83
Altérité du système plastique 85
Le rythme 87
La modulation 89
La composition 90
La régulation 95
C. FONDEMENT DES RAPPORTS DANS LA PENSÉE ARCHITECTURALE 98
1. LES RAPPORTS ET L'ÉNONCÉ DE LA PENSÉE ARCHITECTURALE 99
Rapports, émotions et mouvement de la pensée 99
Le rapport et les fins de l'architecture 100
Le rapport est le moyen de l'architecture 104
Le rapport est la cause de l'architecture 106
Le rapport est la raison de l'architecture 107
2. ÉCRITURE DES RAPPORTS ET INTELLIGIBILITÉ DE L'OEUVRE 110
La constitution des rapports dans le dispositif architectural 110
Logique extensive du rapport 111
Logique intensive du rapport 112
L'ordre des rapports intelligibles 115
3. LES RAPPORTS ET LES ÉLÉMENTS FONDAMENTAUX DE LA CRÉATION ARCHITECTURALE 119
Les rapports et la sensation architecturale 119
Finalités de la conception des rapports 121
4. LES RAPPORTS ET LE FONDEMENT DE LA CONCEPTION
ARCHITECTURALE 126
Le rapport, l'ordre et la raison 126
Le rapport et la règle 129
Les rapports et la "poïétique" de l'oeuvre 131
II. RAPPORT ET ÉNONCÉ D'UNE PENSÉE RHÉTORIQUE
EXPOSÉ D'UNE PENSÉE ARCHITECTURALE SINGULIÈRE
A. LES SIGNES DANS L'ARCHITECTURE 135
La notion de signe chez Le Corbusier 137
L'alphabet des signes-symboles du Capitole 139
Le signe, expression et résolution d'un rapport 140
Les signes architecturaux 143
Paradigmes architecturaux 144
B. LA TOUR D'OMBRES 148
Détermination des rapports selon la logique horizontale 150
Singularité de l'orientation de la Tour d'Ombres 150
Orientation frontale des faces par rapport aux points cardinaux 150
Rapport géométrique particulier de la figure de base de l'édifice 151
Inscription d'un rapport particulier entre figure et muralité 152
Détermination des rapports selon la logique verticale 155
Rapport dans la matérialité des éléments 155
Rapport dans la dimension des éléments 157
Rapport dans le nombre des éléments 157
C. LA MAIN OUVERTE 164
Rapport entre des corps-objets singuliers 168
Rapport entre des entités architecturales 170
Le rapport et l'énoncé d'une pensée 172
L'espacement 173
Rapport de spatialités 185
Rapport entre des "matières" (terre, ciel, paysage, vents) 188
D. LE MONUMENT AU MARTYR 194
Rapport dedans - dehors 196
Rapport à la figure de la spirale 197
Rapport au corps 198
Rapport au temps 199
III. RAPPORT ET ÉNONCÉ D'UNE PENSÉE POÉTIQUE
LE RAPPORT ET L'ÉLOQUENCE HARMONIEUSE
Poésie et création architecturale 206
Conception du Palais du Gouverneur et poésie des rapports 208
A. LES RAPPORTS METTENT EN JEU DES NOTIONS PRÉCISES 210
1. ÉCRITURE DES RAPPORTS ET NOTIONS ARCHITECTURALES 211
Les notions dans la conception de l'architecture 211
Les notions, dans le projet du Palais du Gouverneur 212
2. LES RAPPORTS METTENT EN JEU LE LIEU 215
Rapport et lieu 215
Éléments pour la constitution d'un rapport au lieu 216
3. LES RAPPORTS METTENT EN JEU L'HABITER 220
Rapport et habitation 220
Éléments pour la constitution d'un rapport qui fait "être l'habiter" 221
Modalités de l'habitation et constitution de rapports 222
4. LES RAPPORTS METTENT EN JEU LA TECHNIQUE 226
Rapport, technique et dévoilement créateur 226
Éléments pour la constitution d'un rapport à la technique 229
Élégance et structure 230
Structure et rythme 231
Structure et muralité 232
Structure et spatialité 233
Écriture des rapports spatiaux et résolution constructive 235
Rapports spatiaux et instance de parcours 238
B. LES RAPPORTS METTENT EN JEU DES OBJETS PRÉCIS 241
1. ÉCRITURE DES RAPPORTS ET OBJETS ARCHITECTURAUX 242
Élément de définition de la notion d'objet 242
Les objets dans la conception du Palais du Gouverneur 243
Aire - Assiette 244
Structure 245
Toit 247
Partition 249
Murs 252
Percements - Diaphanéité 253
Polychromie - Matières 255
Organes 256
Mobilier 257
Signes 258
Rapport et corps-objets de l'architecture 261
Le discours des objets 263
Rapport entre système et objet porteurs 264
Structure et plan libre 265
Du croisement des voiles au poteau cruciforme 266
C. LES RAPPORTS METTENT EN JEU UN ASSEMBLAGE VOULU 269
1. L'ÉCRITURE DES RAPPORTS ET L'ASSEMBLAGE DANS
L'ARCHITECTURE 270
La spécificité des rapports dans la coupe 273
La spécificité des rapports dans le Plan 274
2. ÉCRITURE DES RAPPORTS ET POÉSIE DE L'OEUVRE 277
La Poésie des rapports dans le Palais du Gouverneur 277
L'écriture des rapports et la constitution architecturale - niveau global 278
L'écriture des rapports pour le "salon d'État" 285
Logiques, mesures, rapports et assemblage pour le niveaux 2-2bis 287
La tapisserie de la poésie de l'angle droit 299
L'écriture des rapports dans les marges de l'édifice 309
Rapport et unité de la face de l'édifice 309
Rapport de mesures et de disposition des éléments constitutifs 310
Rapport entre spatialité intérieure et structuration du brise-soleil 313
Jeu des rapports et constitution de l'entité du niveau 2-2bis 314
Marquage de l'accès au Palais depuis l'esplanade 315
3. L'ÉCRITURE POÉTIQUE DES RAPPORTS 320
La mesure poétique 320
D. RAPPORT, POÉSIE ARCHITECTURALE ET PAYSAGE 328
1. L'INSTANCE DU REGARD DANS LA POÉSIE DES RAPPORTS 329
La part de l'œil 329
L'architecture: la vue, le regard, le Paysage 331
2. L'ARCHITECTURE ET LA RAISON DU PAYSAGE 334
La leçon de l'Acropole 334
L'architecture comme l'écho du paysage 335
L'architecture et la raison du paysage 336
3. VISION ARCHITECTURALE ET CONSTITUTION DU PAYSAGE 339
Le dehors est toujours un dedans 339
Le site est architecturé 340
Immanence physique du site 342
Immanence visuelle des éléments du site 344
La quête de l'horizon 345
L'horizon initial 346
L'intégrale du paysage 347
4. ARCHITECTURE DU PAYSAGE 350
La fondation d'un lieu 350
1. Éléments de définition d'un lieu par un "rapport vertical" 354
2. Éléments de définition d'un lieu par un rapport entre des "objets verticaux" 356
3. Éléments de définition d'un lieu par un "rapport horizontal" 358
4. Éléments de définition d'un lieu par un rapport entre des "objets horizontaux" 360
5. Éléments de définition d'un lieu, par un rapport mettant en jeu la lumière et l'ombre 363
6. Éléments de définition d'un lieu, par un rapport mettant en jeu la proportion et la masse 364
7. Éléments de définition d'un lieu, par un rapport mettant en jeu la mesure et la distance 365
8. Éléments de définition d'un lieu, par un rapport mettant en jeu l'édifice et ses reflets 367
5. ARCHITECTURE ET CONSTRUCTION DE LA VISION PAYSAGÈRE 371
Architecture et logique du site 371
Le paysage qui rentre 372
CONCLUSION 390
DOCUMENTS ANNEXES 405
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 417
RÉFÉRENCES ICONOGRAPHIQUES 422
BIBLIOGRAPHIE 465
SOMMAIRE 472
3. BIBLIOGRAPHIE
____________________________________________________
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4. LISTE DES ILLUSTRATIONS
______________________________________________________________________
Planche 1
Palais du Gouverneur
Déconstruction Plan Niveau 2
Planche 2
Palais du Gouverneur
Déconstruction Plan Niveau 2
Planche 3
Palais du Gouverneur (Niveau 2)
Axonométrie du Salon d'état
Planche 4
Palais du Gouverneur (Niveau 2)
Déconstruction Brise-soleil
Planche 5
Palais du Gouverneur (Niveau 2)
Déconstruction Brise-soleil